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Sankofa cry, Morceaux choisis

Je souhaite vous présenter un livre qui m’a beaucoup ému, j’en est même presque pleuré, tellement il m’a rappelé des choses que j’ai vécu, et ressentit. Il s’agit des aubes écarlates de Leonora Miano et en voici quelques morceaux choisis. (En marron des extrait du livre et en noir quelques incrustation s pour faire relier des phrases/ paragraphes du livre).

L’esclavage est  le  1er crime contre l’humanité dont on avait gardé trace. Celui qui, trop longtemps ignoré avait engendré les autres. Une fois qu’on avait réduit des humains à cela, qu’hésiterait-on à commettre ? Devant quoi reculerait-on ? Le continent africain a été la source unique du trafic d’esclaves, on ne s’était pas servi ailleurs. Et aujourd’hui encore il est le puits sans fond d’où les autres tirent leur croissance. Et bien sure il se trouve toujours une main autochtone pour participer au crime. C’est à croire que nous payons une dette mais,  si nous avons commis une faute nous avons déjà payé. Une fois les européens suffisamment riches, industrialisés ils n’avaient plus besoin d’esclaves. C’est là qu’ils sont devenus extrêmement moralistes. C’était soudain très vilain d’acheter des humains. Il valait mieux se rendre chez eux, se partager leurs terres, les asservir sur place.  Ils affirment ne plus être aujourd’hui, ceux qui ont jadis perpétré ces crimes. Pourtant, lorsque ca les arrange, ils s’empressent de réclamer leur affiliation avec ce soi disant siècle des lumières qui n’a fait qu’obscurcir notre univers, polluer notre atmosphère. S’il y a continuité dans l’histoire, alors il y a continuité dans la culpabilité.

Certains ports négriers étaient devenus des lieux de pèlerinage. Pourtant, le continent n’avait pas érigé de monument à la mémoire de ses morts. C’est en partie en cela que réside notre tragédie. Nos pères n’ont pas inscrit leur pensée sur du papier, la laissant voler au vent pour arriver jusqu’à nous. Il est donc facile pour des manipulateurs, d’entrainer des foules dans le mensonge.

Les africains ne parviennent pas à inscrire leur expérience dans la globalité de l’aventure humaine. Ils ne peuvent dépasser les représentations négatives qu’on a d’eux, ils ne parlent jamais de ce qu’ils pensent d’eux-mêmes, mais de la manière dont ils ont été considérés : humains inaboutis, singes un tantinet plus évolués que les autres. Il est donc inutile de leur dire aujourd’hui que tout cela est loin, que c’est fini, que maintenant on les aime, que black is fashionable, qu’on sait qu’ils peuvent travailler à la NASA et écrire des livres. On peut leur dire ce qu’on veut cela ne passe pas et pour cause : les peuples subsahariens n’ont pas seulement été dominées, ostracisés, on les a exclue du genre humain. Les guerres et autres massacres perpétrés par nous et contre nous n'interessent l'opinion internationale que  quand la population de la zone concernée a diminué au moins d’un quart.

Le reste sous la forme d'une petite histoire:

Elle passa 3 semaines de bonheur dans ce pays qu’elle avait quitté si jeune, mais quelques jours avant son départ, Elle apprit que le président de la république avait des ennuis de santé c’était un peu normal étant donné son âge canonique. Et même si la rumeur voulait qu’il se rende souvent en Europe pour faire régulièrement remplacer son sang par celui de jeunes gens, il n’était pas eternel. Le sang neuf devenait trop vif  pour ses chaires flétries. Le sacrifice de ceux dont on disait qu’il les enterrait vivant pour leur dérober leurs années de vie ne faisait plus effet. Il s’installa alors une certaine insécurité dans la capitale, due certainement au fait que les gens « d’en haut », trop occupés à former des camps et planifier la prise du pouvoir à la mort future du président, avait oublié de gouverner. Et il ne fallait surtout pas compter sur les flics qui sont si mal payés dans ce pays qu’ils ne vivent que de racket et louent leurs équipements armes comprise à des malfrats.

La veille de son retour en Europe, ils  eurent la visite  d’un groupe de 3 hommes. Il devait être 19h (heure locale) lorsqu’ils pénétrèrent armés dans la concession,  et demandèrent  à tout le monde de se mettre sur le ventre. Ils ne s’étaient pas caché le visage, ce qui lui fit craindre le pire, elle se souvint que dans les séries américaines, un agresseur qui ne se cache pas le visage  ne laisse pas de témoins capables  de l’identifier.  Elle pria intérieurement qu’il n’en soit pas ainsi. L’un d’eux qu’elle surnomma Furious par la suite, car il était certainement le chef du gang, et le plus agressif, ordonna « Sortez-moi tous les portables et autres appareils que vous avez ramené de mbeng (Europe) ainsi que vos billets d’avions et passeports ». Furious avait des globules de guerriers et  des chromosomes belliqueux.  Ils s’exécutèrent tous sans hésiter. Elle savait que par les temps qui courent, seul le méchant pouvait désormais tenir le spectre. Celui qui sait tuer sans rien éprouver, avec  le seul souci de ne pas salir ses fringues, était roi. D’ordinaire les opérations se déroulaient en 2 phases : la première consistait à montrer combien on était capable d’étouffer son humanité, en massacrant le plus sauvagement possible « ses adversaires ». La seconde était plus subtile, et consistait à ôter son innocence à celui qui pouvait, un jour se mettre en tête de pointer un doigt accusateur. Il fallait trouver le moyen de l’associer au crime qui venait d’être commis. Il était très facile de transformer en comparses des populations affamées et sans recours.   Heureusement pour elles Les malfrats n’en voulaient qu’au matériel, personne ne fut brutalisé et, quand ils eurent rassemblé leur butin, ils les enfermèrent tous dans une des chambres et s’en allèrent. Ils furent libérés par une voisine qui les entendu crier au secours.

Cette nuit fut la pire de sa vie. Le lendemain matin, elle fut réveillée par les éclats de rire et les chants de  ses cousines et tantes. Elle se demanda d’où venait cette vitalité qui se juchait sur les décombres. Elle n’avait pas encore découvert sur quoi reposait l’espérance intrépide qui faisait rire ces femmes au point du jour. Elle avait été si habituée à les voir qu’elle  les avait rarement regardé. Mais elle savait que le rire légendaire des africaines n’était qu’une habitude. Celle de banaliser l’horreur à la quelle on se croyait condamné. On n’était pas philosophe : on encaissait. On vivait la vie qu’on pouvait, sans jamais avouer qu’en réalité on n’en pouvait plus. Elle ignorait tout des déchirures intimes des  africains. De ces peuples, il était temps de savoir autre chose que le rire aux éclats, le rythme dans le sang. Il était temps de connaître leurs âmes blessées, de fraterniser suffisamment avec eux pour embrasser leur complexité. Son regard s’attarda sur l’une de ses cousines qui avait la peau la plus claire, elle comprit alors que celle-ci  la décapait , elle qu’elle trouvait si jolie, très classe sentant toujours bon, peut être une façon de  masquer l’odeur de sa peau décapée, une odeur de chairs en putréfaction. Même si Elle ne savait pas grand-chose sur eux, elle connaissait la violence des rapports familiaux dans cette partie du continent,  Une solidarité, qui n’était plus qu’un système d’exploitation des individusIci les  peuples sont mêlés, imbriqués les uns dans les autres et les enfants  n’ont pas droit à l’insouciance. Ils ont été élevés ainsi, formés pour accepter tout ce qui leur arrive, endurer leur destin, pas le forger. Pourquoi Dieu veut il  que nous vivions, si nos vies doivent se dérouler ainsi ? Devant nous il y a toujours un mur. Tout nous est interdit. Le désir. Le rêve. Il n’ya pour nous, que le besoin et le manque. Lorsque nous sommes audacieux, il y a parfois l’espérance.

Et parce qu’elle rejetait mentalement cette situation, elle était l’anomalie, l’intrus.

Apprendre plus sur l’auteur : http://www.leonoramiano.com

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